PAUL MIRABEL : "Cela a pris du temps de peaufiner mon art, c'est un travail de jeu et d'écriture permanent".

30 janvier
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À l’âge de 24 ans et après seulement 2 ans sur scène, Paul Mirabel et son humour décalé se sont déjà bien implantés dans le paysage du stand-up parisien. Jonglant entre plateaux en comedy clubs et rodage de son spectacle à la Petite Loge, l’artiste s’est livré à nous sur ses débuts, sa passion pour le rap, son rapport à l’écriture et à la scène.

Pourquoi t’as commencé le stand-up ?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu envie de faire ça. Dès mes 10-12 ans, je passais des heures à regarder les DVD de Gad Elmaleh et de Jamel en rentrant du collège. Je trouvais ça fou, je connaissais les sketchs par coeur. On m’a aussi toujours dit que j’étais marrant, ce qui a pu, je pense, me conforter dans ce choix. J’avais beau être très timide (et je le suis encore !), c’est souvent la qualité qui ressortait quand on parlait de moi. Je me suis dit que ça serait dommage d’être marrant uniquement en société. C’est comme si quelqu’un avait un potentiel au foot, mais qu’il se contentait d’en faire en tant que loisir le dimanche matin. J’ai voulu pousser le truc dans lequel j’avais l'impression d'être bon au maximum.

Comment tu t’es lancé sur scène ?

J’ai fait ma première scène il y a 4 ans, pour le concours du Campus Comedy Tour. C’était à l’Apollo Théâtre, en première partie du Woop. Le tout devant 350 personnes, avec la fille qui me plaisait à l’époque dans la salle, alors que je n'étais jamais allé au théâtre de ma vie. Finalement, je suis arrivé 2ème du concours, pour ce qui était ma deuxième fois sur scène devant 800 personnes au Théâtre du Gymnase.

Je n’ai pas pu continuer la scène ensuite car je suis parti 1 an à l’étranger pour mes études. Les cours n’étaient pas intéressants, voire très ennuyeux, et j’avais surtout une grosse frustration de ne pas pouvoir continuer ma passion. Je me suis dit que ce n'était pas possible à 20 ans de s’ennuyer autant. Ça n’a pas été une période très facile, mais ça m’a permis de me recentrer sur ce que j’avais vraiment envie de faire dans la vie. J’ai toujours voulu faire du stand-up, mais il a fallu vivre des choses pour qu’un chemin se fasse entre le moment où j’en avais envie et celui où j’ai décidé de tout faire pour atteindre cet objectif.

À l’étranger, j’ai commencé à écrire. Je me suis motivé à mettre toute mon énergie dans le stand-up en rentrant. J’ai pris des cours de théâtre au Cours Florent en parallèle de mes études et j’ai commencé à monter sur scène 1 an après, en octobre 2017.

Après ça, j’ai gagné pas mal de concours et on m’a vite poussé à me produire sur du 60 minutes. J’ai donc commencé à roder mon spectacle à la Petite Loge en avril 2019, mais avec du recul, je crois que c’était précipité car j’étais loin d’avoir une heure entière. Le gap entre un plateau de 5 et 60 minutes est énorme. Au début, ça a été compliqué de concilier le temps de jeu avec un contenu qui me plaisait vraiment. Mais aujourd'hui, je commence enfin à être content de mon spectacle, même si je considère être encore très loin des idées que j’ai envie de proposer. Cela a pris du temps de peaufiner mon art, c’est un travail de jeu et d'écriture permanent.

Tu joues ton spectacle "Bientôt" à la Petite Loge, salle de 25 places. Tu as aussi intégré la troupe du Jamel Comedy Club, et à côté de ça, tu continues les plateaux en comedy clubs. Qu’est-ce que tu préfères ? Jouer en intimité ou devant des centaines (milliers !) de personnes ?

Les plateaux et les spectacles sont deux exercices très différents. Ce que j’aime dans les comedy clubs, c’est la sensation d’adrénaline que ça te procure. Tu as un set de seulement quelques minutes pour lequel tu dois tout donner. J’aime cette idée de performance. Évidemment, je prends aussi beaucoup de plaisir à jouer mon spectacle. Mais j’attends encore le moment où j’aurai le sentiment de l’avoir aboutit à 100%.

J’ai fait un Zénith devant 5000 personnes et plusieurs autres grandes scènes (La Cigale, Le Trianon, Le Théâtre Libre et l’Olympia). C’était génial et ça me ferait plaisir d’y rejouer mon spectacle un jour, mais je pense que se fixer des objectifs « matériels » ne doit pas être la priorité absolue. Cela te fait mettre ton énergie dans des aspects trop concrets, et pas dans le fait d’avoir un bon spectacle ou d’être performant sur scène.

Bon, si un jour on me proposait de faire l’Olympia, je ne dirais pas non ! Mais pour moi, les grandes scènes sont d’abord la conséquence d’un spectacle qui a pris le temps d’être bien construit.

Après ces différentes expériences, une tournée de prévue ? Tu aimes cette idée ?

Bien sûr, c’est mon objectif à long terme ! Mais ce n’est pas du tout d’actualité pour le moment. J’attends déjà d’avoir un très bon spectacle. Mais évidemment, j’adorerais. J’aime beaucoup voyager !

Dans tes interviews, tu dis beaucoup être passionné de rap à la base. Pourquoi ne pas avoir choisi le rap ?

Parce que je suis éclaté, c’est la première raison ! (rires). Tout simplement parce que je suis pas bon, je pense. Mais je t’avoue que si tu me donnais une petite lampe magique et que tu me disais de choisir entre rap et stand-up, je choisirais sans doute le rap.

Je pense que j’ai eu beaucoup de chance en stand-up. Je n’ai jamais connu de moment où je me suis senti vraiment nul, où je me suis dit que ce n'était pas fait pour moi. Je ne sais pas si j’aurais eu la force de continuer si ça avait été le cas. Avec le rap, je me serais forcément foiré au début, et ça m’aurait sûrement fait arrêter.

Mais un jour, peut-être… C’est quelque chose que j’aimerais bien essayer !

Tes punchlines rap / stand-up préférées ?

En rap, je pense en premier à cet extrait de Perdu d’avance d’Orelsan :

“J’distribuais des CD dans l’Hexagone
Pendant qu’tu distribuais tes CV dans les Mac-Do
Alors j’comprends qu’tu voudrais faire un feat
Mais moi j’voudrais un Big Mac et une grande frite”.

Côté stand-up, mon pote humoriste Yassine Hitch a une blague sur scène qui me fait beaucoup rire :

“J’habite à Aubervilliers, dans le quartier de 4 chemins. C’est dangereux, il n'y a que des mecs bizarres là bas. J’ai compris d’où venait l’expression : il ne faut pas passer par 4 chemins”.

Tu as un thème de prédilection sur scène ? Un dont tu n’as pas encore parlé mais sur lequel tu kifferais écrire ?

C’est l’une des grandes questions que je me pose pour le spectacle. J’ai du mal à savoir ce que j’ai envie de raconter. Il y en a qui savent ce qu’ils veulent transmettre et qui écrivent en fonction de ça. Puis il y en a d’autres qui écrivent, regardent le tout de haut et se disent : “ça me fait un spectacle”.

Il y a quand même plusieurs thèmes sur lesquels j’aimerais beaucoup écrire. En ce moment, les rapports humains m’inspirent pas mal. J’essaie de m’intéresser à toutes les émotions qu’on peut connaître : l’amour, la peur, l'ennui, etc. et j’aime bien voir comment chacun les aborde différemment, à sa manière. Je souhaiterais aussi faire plus d’absurde, et travailler davantage sur le thème de l’imaginaire et de l’observation.

Tu es connu dans le milieu pour ne pas trop regarder de stand-up. Pour quelles raisons ? Ça ne te manque pas ?

La première raison, c’est que je n’ai plus vraiment le temps. C’est tout bête, mais je joue en moyenne 3 fois par soir, de 19h à minuit. Quand j’ai un peu de temps, j’aime bien regarder des choses qui n’ont pas forcément de rapport avec mon travail. Il y a quand même certains stand-uppers que j’aime voir sur scène en tant que spectateur : Jamel, Gad Elmaleh, Fary… Ceux-là, c’est vraiment l’enfant qui les regarde jouer et non pas le stand-upper.

La deuxième raison, c’est pour ne pas trop me laisser influencer. Il y a tellement de sujets et d’idées qui reviennent dans le stand-up, j’ai pas envie d’exploiter des choses qui ont déjà été dites.

J’ai aussi un peu de mal à regarder le stand-up américain. Même avec des sous-titres, j’ai toujours l’impression d’avoir deux secondes de décalage entre le moment de la blague et celui où je ris. Le rire est quelque chose de très spontané, et la barrière de la langue casse un peu cette spontanéité chez moi.

C'est quoi ta méthode de travail ?

Déjà, j’ai la chance de jouer beaucoup, en moyenne 3 fois par jour, voire 6 le week end, et ça 7 jours sur 7. Je travaille tout seul, je n’ai pas envie qu’on rentre dans ma tête. J’écris tous les matins, tous les jours. C’est une obligation et une routine que je me fixe. Ce n’est pas tout le temps facile, voire même parfois douloureux, car il y a des matins où je suis inspiré mais d’autres où je n’ai absolument rien à raconter. Souvent, je prends des notes dans mon téléphone et j’essaye de les tirer et les exploiter au maximum pour voir ce que je peux en faire ressortir. Je vois un peu la discipline comme des maths : si tu as une bonne blague toutes les dix blagues écrites, plus tu écris, plus tu as de chances d’avoir du bon matériel.

Comment veux-tu que les gens se sentent en sortant de ta salle ?

C’est la deuxième question que je me pose environ 25h par jour en ce moment ! (rires). Tout le monde ne sera pas d’accord avec ça mais pour moi, si les gens ont rigolé sans forcément retenir de morale ou de points de vue, c’est déjà un bonne chose. Ce n’est pas une question de flemmardise ou d’incapacité à faire réfléchir, mais si le public sort en ayant beaucoup rigolé, je suis très content, car c’est le but premier d’un spectacle d’humour. Je préfère que les gens retiennent les angles d’une blague plutôt qu’une morale.

Si j’arrive par exemple à avoir un passage de 5 minutes sur les escargots, qui ne dénonce rien sur la société ou n’engage aucun point de vue si ce n’est une nouvelle façon comique de voir les escargots, je crois que cela me satisfait ! (rires).

Et toi, après une scène, comment tu te sens généralement ?

Une fois sur deux, je me dis que j’ai été nul. Mais quand j’ai fait un bon passage, je ne peux pas être plus heureux ! C’est un peu un problème, d’ailleurs. La scène procure tellement d’adrénaline que c’est dur de retrouver cette sensation dans la vie. Tout paraît un peu moins bien, il faut faire attention à ça. Soit j’ai envie de rentrer chez moi et d’écouter des chansons tristes, soit je suis extrêmement content !

Paul Mirabel rode son spectacle "Bientôt" à la Petite Loge jusque fin juin 2020. Il joue également avec la troupe du Jamel Comedy Club les samedis et dimanches à 18h, et apparaîtra prochainement dans l’émission Génération Paname sur France 2 !

Article par Emma Gestin.
Photo : Laura Gilli.

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